Gilles Vigneault Poète (ceux que je préfère)
 
Balises, 1964

Le Poète

Je prendrai dans ma main gauche
Une poignée de mer
Et dans ma main droite
Une poignée de terre,
Puis je joindrai mes deux mains
Comme pour une prière
Et de cette poignée de boue
Je lancerai dans le ciel
Une planète nouvelle
Vêtue de quatre saisons
Et pourvue de gravité
Pour retenir la maison
Que j'y rêve d'habiter.
Une ville. Un réverbère.
Un lac. Un poisson rouge.
Un arbre et à peine
Un oiseau.
Car une telle planète
Ne tournera que le temps
De donner à l'Univers
La pesanteur d'un instant.

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Portages, 1993

Au fil des jours


Pour toutes les fois que je ne t'ai pas dit :
Je t'aime !
Pour toutes les fois où je me suis trahi
Moi-même...
Pour toutes les fois que le silence, autour de toi,
Prenait ma voix...
Pour tous ces mots froids et tous ces gestes
maladroits...

Pardonne-moi !

Pour toutes les fois que tu as entendu
La pluie
Danser sur les toits son vieux refrain têtu
Ma mie...
Ces soirs de cafard où seul un souvenir blafard
Restait de quart...
Pour tous ces regards qui font penser à des départs
Dans le brouillard...

Pour tous ces printemps dont nous avons goûté
La fièvre,
Les jours de grand vent qui nous ont mis l'été
Aux lèvres...
Pour que l'eau du temps pose un brin d'herbe entre tes dents,
Comme à vingt ans,
Pour qu'un cerf-volant guide tes pas au bout d'un champ,
Où je t'attends...

Au fil des jours,
Les mots d'amour tissent la vie.
Mes mots d'amour,
Ma belle amie, vous font la cour.
Écoutez-les
Ce sont les mots de tous les jours.
J'en ai semé
Qui font chanter vos alentours.

Et si jamais
Ce ne sont plus mes troubadours,
J'en sèmerai
Qui fleuriront pour nos amours... !

 
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1997
Chacun porte son âge
   

Cette chanson pour ceux
Que je n'ai pas nommés,
Moi qui croyais nommer
Ton village et ta ville
Ceux qui s'en vont d'un pas
Que l'on dirait docile
En chemin fermé
Les derniers arrivés
Que je ne connais pas
Et que voici chez nous
Pour avoir fui des guerres
Et qui ne disent rien...
Mais qui ne s'en vont guère
Retenant leurs pas
Chacun porte son âge
Sa pierre et ses outils,
Pour bâtir son village
Sa ville et son pays.

Qui chantera les nuits
De la serveuse au bar?
Qui chantera l'ennui
Du client qui s'attarde?
Chacun est le miroir
De l'autre et le regarde
Le temps d'un départ
Qui chantera le jour
Pareil aux autres jours
De ce vieux retraité
Du métro de cinq heures
Qui ressasse au milieu
Des foules qui l'écoeurent
Ses chansons d'amour?

Chacun porte son âge
Sa pierre et ses outils,
Pour bâtir son village
Sa ville et son pays.

Et ceux qui sont ici
Depuis la nuit des temps,
Toujours surpris de voir
Qu'on vende et qu'on achète
Comme peau d'animal
Des morceaux de planète
Avec de l'argent...
Pour obtenir un peu
Ils nous demandent tout
En fuyant sans arrêt
Nos ciments sédentaires
Et mettre un peu leur jeu
Dans l'ennui millénaire
Que hurlaient les loups...
Chacun porte son âge
Sa pierre et ses outils,
Pour bâtir son village
Sa ville et son pays.

Chanter aussi ceux-là
Qui ne m'entendent pas
Et qui n'ont ni mon pas
Ni mes mots, ni mes rêves!
Ceux-là pour qui la vie
Est une courte trêve
Entre deux combats
Chanter enfin pour toi,
Chanter enfin pour vous
Qui choisirez sans fin
La mort ou la survie
De mes mots, de mes pas,
De ce qui nous convie
À rester debout

Chacun porte son âge
Sa pierre et ses outils,
Pour bâtir son village
Sa ville et son pays

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Maintenant

Maintenant que tu connais mes rêves
Maintenant que tu connais mes peurs
Maintenant que tu me sais par coeur
Je ne sais plus quel vent se lève

Tu me demandes si parfois
Je te vois comme tu me vois
J'ai des jours entiers maladroits
Tu dis jadis et autrefois
Comme on dit après les voyages

Il reste toujours à connaître
De toi, de moi, d'elle, de lui
Il est toujours temps de renaître
Ouvre-moi tes fenêtres
Un visage est toujours un pays

Je t'ai racontée à des pierres
Qui n'en ont pas perdu un mot
Et qui gardent de ta lumière
Comme des âmes d'animaux
Je t'ai racontée à des ormes
Qui ne causent qu'avec le vent
Ces visages de toi qui dorment
Je me les réveille souvent
Ta vie est ma saison prochaine
Que ta liberté soit ma chaine
Je m'en vais vivre maintenant
Je m'en vais vivre maintenant

Maintenant que tu connais mes rêves
Maintenant que tu connais mes peurs
Maintenant que tu me sais par coeur
Je ne sais plus quel vent se lève

Tu me demandes si parfois
Je me vois comme tu te vois
J'ai des jours entiers maladroits
Je dis jadis et autrefois
Comme on dit après les orages

Il reste toujours à connaître
De toi, de moi, d'elle, de lui
Il est toujours temps de renaître
Ouvre-moi tes fenêtres
Ton visage est encore un pays

Nous deviendrons pareils et mêmes
Sous de grands arbres devenus
Nos pareils un caillou que j'aime
M'aura gardé le temps perdu
Nous nous tairons plein de paroles
Et le silence apprivoisé
Comme un oiseau sur la corolle
De la nuit viendra se poser
La vie est ma maison nouvelle
Tes mains ayant semé des ailes
Pour les oiseaux de maintenant
Pour mes oiseaux de maintenant

Maintenant que tu connais mes rêves
Maintenant que tu connais mes peurs
Maintenant que tu me sais par coeur
Je ne sais plus quel vent se lève

Tu me demandes si parfois
Je te vois comme tu me vois
J'ai des jours entiers maladroits
Tu dis jadis et autrefois
Comme on dit après les voyages

Il reste toujours à connaître
De toi, de moi, d'elle, de lui
Il est toujours temps de renaître
Ouvre-moi tes fenêtres
Ton visage est toujours un pays

 
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tiré du recueil : "Nouvelles Editions de l'Arc" L'Exil

Je n'écrirai pas le poème
que tes yeux auront mérité
Je ne ferai pas la musique
A remplir de mer et merveille
La coquille de ton oreille

Mais quand tu seras disparue
Des rives du temps où je viens
Réinventer de mots anciens
Les beaux arbres, les longues rues
Je crierai ton nom sur des grèves
Qui n'auront jamais entendu...
Rien de plus beau que notre amour

Je crierai ton nom sous un ciel
Qui n'aura prêté son espace
A rien d'autre avant ton visage

Et je ne mourrai qu'une fois
Silencieux comme un vieux roi.

 

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Un des livres de Gilles Vigneault

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